Points d'Histoire 2021

2 octobre 1931 : Mort de Jacques Ier, Duc d'Anjou et de Madrid

Une naissance en exil

Jacques de Bourbon, Don Jaime pour les Espagnols, est né le 27 juin 1870 à La Tour-de-Peilz, près de Vevey, en Suisse. Il était le fils de Charles de Bourbon (don Carlos, futur Charles XI pour les légitimistes français), duc de Madrid, et de Marguerite de Parme, nièce du Comte de Chambord. Ce dernier était d'ailleurs le parrain du jeune prince. Don Jaime appartenait à la branche aînée des Bourbons d'Espagne qui prétendait au trône espagnol depuis son éviction de la succession par le roi Ferdinand VII. A la mort du Comte de Chambord (1883), cette lignée devient la branche aînée de la Maison de Bourbon. Ainsi le grand-père de Don Jaime était à la fois prétendant au trône d'Espagne et roi de France de droit. Son père Don Carlos le sera aussi.

Une brillante carrière militaire

Il a fait ses études à Paris, puis en Angleterre et enfin, en Autriche. C'est là qu'il entre à l'académie militaire de Wiener-Neustadt (1890). Il perd sa mère en janvier 1893. Son père se remarie alors avec Berthe de Rohan avec qui le prince Jacques ne s'entendra jamais.

En 1896, il entre dans l'armée impériale russe, au service de Nicolas II. Il y fera une brillante carrière militaire, participant notamment à la guerre des Boxers en Chine (1900), à l'occupation russe de la Mandchourie et à la guerre russo-japonaise (1904-1905).

Lors de la guerre des Boxers, il fit preuve d'une grande bravoure : le prince se proposa de diriger un détachement qui devait faire exploser une mine placée par les boxers sous une route que devaient emprunter les troupes occidentales. Cette entreprise allait conduire à la mort des trois-quarts de ce détachement, mais le prince survécut. Le général français Maurice Bailloud le proposa pour la croix de la Légion d'Honneur mais le gouvernement français refusa.

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Don Jaime, notre Jacques Ier, en tenue de hussard russe

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Jacques Ier , vers 1930

Un nouveau Chef de la Maison de Bourbon

A la mort de son père, le 18 juillet 1909, il devient Chef de la Maison de Bourbon. Il est à la fois prétendant au trône d'Espagne sous le nom de Jacques III et roi de France de droit, sous le nom de Jacques Ier. Il prend le titre de Duc de Madrid. Il renonce alors à sa carrière militaire pour se consacrer à ses devoirs dynastiques (un roi de France ne saurait servir un souverain étranger) auxquels, jusqu'alors, il ne semblait pas s'intéresser (pas plus à ses droits en France qu'à ses droits en Espagne). Il s'installe au château de Frohsdorf (en Autriche), hérité de sa grand-tante la Comtesse de Chambord. Quand éclate la Première Guerre Mondiale, il est assigné à résidence à Frohsdorf, vraisemblablement parce qu'il avait demandé à ses partisans de prendre le parti de la France dans ce conflit. Considéré comme un ennemi de l'empire autrichien, il est poussé à s'exiler en Suisse. Après la guerre, le prince, pour montrer qu'il est conscient de ses devoirs envers la France, prend le titre de Duc d'Anjou (1919). Il a eu comme chefs de son service d'honneur le comte Urbain de Maillé de la Tour-Landry (décédé en 1917, il avait été nommé par don Carlos en 1893), puis le comte Jean d'Andigné, à partir de 1918.

Le prince Jacques ne s'est jamais marié. Il avait eu le projet d'épouser la princesse Mathilde de Bavière (fille du futur roi Louis III) mais la cour royale de Bavière s'y opposa (la reine Marie Christine, régente d'Espagne, est peut-être à l'origine de ce refus).

La mort du Prince

Si le Duc d'Anjou et de Madrid résidait habitait habituellement à Frohsdorf, il avait aussi un pied-à-terre à Paris, 43 avenue Hoche. C'est là qu'il reçut le 23 septembre 1931 son cousin Alphonse XIII, roi d'Espagne en exil, qui deviendrait bientôt le nouveau Chef de la Maison de Bourbon (voir l'article sur Alphonse XIII). Quelques jours plus tard, le Prince décédait d'une angine de poitrine, le 2 octobre 1931. Son oncle le prince Alphonse-Charles, âgé de 82 ans, lui succéda comme roi de France de droit sous le nom de Charles XII, et comme prétendant au trône d'Espagne sous le nom d'Alphonse-Charles Ier.

La messe d'obsèques de Jacques Ier fut célébrée le 7 octobre en l'église Saint-Philippe-du-Roule en présence d'Alphonse XIII. Le prince fut inhumé le 12 octobre en Italie, à Viareggio, en présence de son oncle Charles XII.

Acte de décès du Duc d'Anjou et de Madrid (Paris, VIIIème arrondissement

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Pour en savoir plus, nous vous recommandons de visiter la page consacrée à Jacques Ier sur le site "Les Rois Souterrains".

28 février 1941 : Mort d'Alphonse XIII, roi d'Espagne ... et de France

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Leurs Majestés Catholiques le roi Alphonse XIII et son épouse la reine Victoire Eugénie

Roi à sa naissance

Alphonse XIII a été roi d'Espagne à sa naissance, le 17 mai 1886. En effet, son père, le roi Alphonse XII est décédé prématurément le 25 novembre 1885, avant la naissance de son unique fils. C'est sa mère qui a assumé la régence pendant la jeunesse du petit roi.

En 1906, le roi épousa la princesse Victoire-Eugénie de Battenberg, nièce du roi Edouard VII de Grande-Bretagne. Le couple a eu sept enfants :

  • Alphonse [Don Alfonso] (1907-1938), prince des Asturies puis comte de Covadonga (après sa renonciation à ses droits à la succession espagnole en 1933)

  • Jacques-Henri [Don Jaime] (1908-1975), duc de Ségovie, puis duc d'Anjou (grand-père de Monseigneur le Prince Louis, actuel duc d'Anjou)

  • Béatrice [Doña Beatriz] (1909-2002), épouse du prince de Civitella-Cesi

  • Ferdinand [Fernando] (1910-1910)

  • Marie-Christine [Doña Maria Cristina] (1911-1996), épouse du comte Marone

  • Jean [Don Juan](1913-1993), comte de Barcelone (grand-père de l'actuel roi d'Espagne Philippe VI)

  • Gonzalve [Don Gonzalo] (1914-1934)

Alphonse XIII et la France pendant la Grande Guerre

Alphonse XIII, qui était un prince Bourbon, vouait une certaine affection à la France. Ainsi pendant la Première Guerre Mondiale, alors que l'Espagne était restée neutre, il est personnellement intervenu auprès de l'empereur d'Allemagne pour améliorer le sort des prisonniers français et en a même fait libérer plus de 16 000.

Il a en outre proposé son aide pour négocier une paix séparée avec l'Autriche-Hongrie mais il n'a pas été écouté (la proposition de paix offerte par l'empereur Charles Ier avait aussi été repoussée par la France en 1917, prolongeant ce conflit particulièrement meurtrier). On pourra lire sur ce sujet, sur le site viveleroy.fr, un intéressant article de Paul del Perugia : Le roi Alphonse XIII et la France de 1917, par Paul DEL PERUGIA - [Vive le Roy] 

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Le roi en exil

Nous n'évoquerons pas ici le règne d'Alphonse XIII, ce n'est pas notre sujet. Rappelons seulement qu'il se termine par les élections municipales (12 avril 1931) gagnées par la gauche, au moins dans les villes. Les républicains se sont empressés de proclamer la république le 14 avril et le roi décide de quitter l'Espagne, dans la nuit du 14 au 15 avril 1931. Voici ce qu'il déclara :

Alphonse XIII à Calais  24 04 1931.jpg

"Les élections de dimanche m'ont montré que je ne jouis plus de l'amour de mon peuple. Je pourrais très facilement trouver les moyens de maintenir mes pouvoirs royaux envers et contre tous, mais je suis résolu à ne rien faire qui puisse diviser mes compatriotes les uns contre les autres en une guerre civile fratricide. Donc, jusqu'à ce que la nation se soit exprimée, je suspends délibérément l'usage de mes Prérogatives Royales."

Il ne s'agissait pas d'une abdication mais d'un départ en espérant des jours meilleurs.

Le roi en exil, qui prit le titre de "duc de Tolède", s'installa d'abord en France, à Paris, puis à Avon (Seine-et-Marne). A partir de 1934, il s'installa définitivement à Rome, d'abord à la villa Ruffo, puis au Grand Hôtel.

Alphonse XIII à Calais, le 24 avril 1931

La réconciliation avec la branche aînée

Alphonse XIII n'était pas considéré comme roi légitime par tous les Espagnols. En effet, il descendait d'Isabelle II, qui était devenue héritière de la couronne d'Espagne quand son père Ferdinand VII avait décidé de changer la loi de succession en sa faveur, au détriment de son frère le prince Don Carlos. Depuis, le pays a connu des troubles causés par les carlistes, partisans de Don Carlos et de ses descendants. En 1883, à la mort du comte de Chambord (Henri V), le prince carliste don Juan, comte de Montizón, devint le nouveau chef de la Maison de Bourbon (pour les légitimistes qui ne s'étaient pas ralliés aux Orléans) et roi de France, de droit (Jean III).

Dans les années 30, les derniers princes de la branche carliste étaient Don Jaime, duc d'Anjou et de Madrid (Jacques III pour les carlistes, Jacques Ier pour les légitimistes français) et son oncle Don Alfonso Carlos (Alphonse-Charles Ier pour les carlistes, Charles XII pour les légitimistes français), duc d'Anjou et de San Jaime.

Alors qu'il était en exil en France, Alphonse XIII rendit visite le 23 septembre 1931 à Don Jaime (notre Jacques Ier) qui résidait à Paris. Les princes étaient désireux de réconcilier les deux branches. A cette occasion, le duc d'Anjou et de Madrid fit cette déclaration :

"Peu importe qu'il y ait un jour ou qu'il n'y ait jamais de monarchie en France ! Mais il importe beaucoup qu'un Bourbon soit toujours fidèle à la France, où qu'il aille, où qu'il règne. Le Chef de la Maison de France, c'est l'Aîné des Bourbons. Un jour, sans doute, ce sera toi car tu es jeune et tu survivras à moi et à mon oncle. Dans tous les pays, sauf la France, les rois peuvent abdiquer, les dynastes peuvent renoncer. En France, toute abdication, toute renonciation est nulle parce que les princes des Fleurs de Lys sont à la France. La France peut renoncer à eux, la réciproque n'est pas vraie. Pour la France tu ne pourras jamais ni renoncer ni abdiquer. De même après toi, ton fils aîné, n'eût-il ni bras ni jambes, prendra ta place comme Chef de la Maison de France. Là, il n'y a pas d'abdication possible."

Le 25 septembre suivant, Jacques Ier se rendit à son tour chez Alphonse XIII à Avon et lui remit le collier de l'Ordre du Saint-Esprit qui avait appartenu au comte de Chambord.

La mort du roi

Alphonse XIII-Ier décéda prématurément le 28 février 1941 à 11h50, dans sa chambre du Grand Hôtel de Rome, emporté par une angine de poitrine. Il fut d'abord inhumé en l'église Sainte-Marie de Montserrat des Espagnols, à Rome, puis son corps fut transféré en Espagne en 1980 et inhumé dans la nécropole royale de l'Escurial.

Son fils le prince Jacques-Henri devint le nouveau chef de la Maison de Bourbon, d'abord sous le nom de Jacques II puis sous le nom de Henri VI.