Le président de la république est-il représentatif de ses concitoyens ?

 

La "démocratie" en France est un système représentatif. Mais celui qui dirige le pays est-il vraiment représentatif des Français ? Le président de la république tire sa légitimité de son élection, mais que vaut cette élection ?

 

Pour être élu président de la république, le candidat doit remporter plus de 50 % des suffrages. Il est ainsi élu par plus de la moitié des votants. Le score obtenu au second tour semble signifier que le président élu représente plus de la moitié des Français ... mais ce n'est qu'une illusion. Analysons cette élection présidentielle.

L'élection présidentielle en France

En France, depuis la réforme constitutionnelle de 1962, le président de la république est élu au suffrage universel direct, à deux tours de scrutin. Le premier tour permet de sélectionner les deux candidats ayant remporté le plus de suffrages. Le deuxième tour départage les deux candidats restants.

​Chiffres officiels et chiffres réels

Les résultats officiels des élections, exprimés en %,  sont quelque peu erronés car on ne comptabilise que les suffrages exprimés : sont exclus les votes nuls, les votes blancs et les abstentions.

nombre de voix obtenues par le candidat

résultat officiel   =   

x 100

nombre total de suffrages exprimés

Titre du site

Des résultats plus sincères seraient obtenus en prenant en compte le nombre des électeurs inscrits sur les listes électorales plutôt que les suffrages exprimés, car ceux qui n'ont pas voté pour un des candidats ne doivent pas être négligés : ils expriment souvent, par leur non-vote, une opinion.

résultat réel   =   

nombre de voix obtenues par le candidat

x 100

nombre total d'électeurs inscrits

La représentation des différents courants de pensée politiques

Ce n'est qu'au premier tour de l'élection qu'est présente la plus large variété d'opinions politiques. Les voix obtenues par chaque candidat donne une image de la répartition des différents courants de pensée au sein de l'opinion publique. C'est à cette étape que l'on peut mesurer la représentativité des deux candidats qui arrivent en tête.

Le tableau ci-dessous présente les résultats obtenus par les deux candidats arrivés en tête au premier tour de scrutin de l'élection présidentielle de 2012.

exemple du premier tour de l'élection présidentielle de 2012

nombre d'électeurs inscrits

nombre de suffrages exprimés

candidats ayant obtenu le plus de voix

nombre de voix obtenues

résultat officiel

résultat réel

46 028 542

35 883 209

François Hollande

10 272 705

Nicolas Sarkozy

9 753 629

28,63 %

22,32 %

27,18 %

21,19 %

On constate que le candidat qui a finalement remporté les élections, François Hollande, n'avait obtenu au premier tour que 28,63 % des suffrages (exprimés), ce qui correspond à 22,32 % des électeurs inscrits sur les listes électorales.

Le vainqueur de l'élection présidentielle représente-t-il vraiment la majorité des électeurs ?

Reprenons l'exemple précédent : l'élection présidentielle de 2012. Le tableau suivant présente les résultats du second tour.

exemple du second tour de l'élection présidentielle de 2012

nombre d'électeurs inscrits

nombre de suffrages exprimés

candidats

nombre de voix obtenues

résultat officiel

résultat réel

46 066 307

34 861 353

François Hollande

18 000 668

Nicolas Sarkozy

16 860 685

51,64 %

39,08 %

48,36 %

36,60 %

Certes, le score officiel de François Hollande, qui ne tient compte que des suffrages exprimés, est de 51,64 %. Mais si on calcule le résultat par rapport au nombre d'électeurs inscrits, son score n'est plus que de 39,08 %, ce qui est loin de représenter la majorité des électeurs !

Le président de la république peut-il rassembler ?

L'élection présidentielle de 2017 a porté au second tour un candidat, Emmanuel Macron,  qui ne se réclame ni de la gauche, ni de la droite et qui veut rassembler les Français en oubliant ce traditionnel clivage gauche/droite.

Il était opposé à Marine Le Pen, que la majorité de la classe politique considère comme dangereuse pour la république. Or, celle-ci se réclame de la république, comme tous les candidats qui étaient présents au premier tour de l'élection. Nos politiciens ont sans doute oublié ce qu'est une république et ont dû confondre avec les termes de démocratie ou de liberté (j'essaie de traduire la pensée oligarchique, sans donner le moindre crédit à cette opinion).

Nos oligarques ont donc fait front contre Marine Le Pen et ont appelé à voter pour Emmanuel Macron. Dans ce sens, ce candidat a rassemblé autour de lui une grande majorité des Français (voir les chiffres des élections présidentielles).

Mais ce rassemblement est artificiel car les voix qu'il a obtenues n'étaient pas des votes pour lui mais des votes contre son adversaire. Le même cas de figure s'est présenté en 2002, où Jacques Chirac a été élu avec 82,21 % des suffrages exprimés alors que son score du premier tour n'était que de 19,88 % !

Le président de la république ne peut pas rassembler : il ne représente vraiment qu'une petite partie des citoyens et ce n'est pas parce qu'il a été élu qu'il va pouvoir rallier ceux qui n'avaient pas voté pour lui au premier ou au second tour. En fait, le caractère électif du président implique l'impossibilité d'un rassemblement. Par les attaques qu'il a portées à ses adversaires pendant le processus électoral, il a pu contrarier, voire blesser, nombre de ses concitoyens.

La "violence" de la campagne électorale de 2017 montre bien comment l'élection présidentielle peut diviser les Français. L'évidence est flagrante : le seul chef d'état capable de rassembler est le roi, non élu car héréditaire.