La Restauration de la Royauté

Leçons d'histoire et pistes pour l'avenir

France : les restaurations de 1814 et 1815

En France, la première et la deuxième restauration désignent à la fois les événements qui ont permis le rétablissement de la royauté et les deux périodes de royauté légitime ayant succédé au premier empire (1814 et 1815-1830). Nous nous intéresserons ici essentiellement aux mécanismes ayant conduit au retour de la dynastie capétienne.

La Première Restauration (1814)

Depuis 1804, la république s'était transformée en un empire dirigé par Napoléon Ier Bonaparte. Celui-ci fut un grand homme de guerre. Après avoir mis l'Europe à feu et à sang, l'empereur connut des revers militaires en 1813. Par ailleurs, les Français étaient las de ces guerres incessantes qui nécessitaient des levées de troupes et d'impôts. Les puissances européennes se sont alliées contre lui : la sixième coalition comprenait le Royaume-Uni, l'Autriche, la Russie, la Prusse, la Suède et divers états allemands. Ces armées vont faire reculer l'armée napoléonienne et pénétrer sur le sol français.

Dans un premier temps, les puissances coalisées ne sont pas pour une restauration des Bourbons. Les moins hostiles à cette idée étaient les Britanniques. Au début de l'année 1814, les princes de la famille royale de France, comprenant que les puissances coalisées ne leur sont pas particulièrement favorables, vont essayer de rallier les Français. Le comte d'Artois, le plus jeune frère de Louis XVI, a tenté sa chance dans les provinces de l'Est mais sans grand succès, notamment à cause de l'opposition des Autrichiens. Le duc de Berry, son fils, arrivé à Jersey, a dû renoncer à son projet de débarquer en Normandie.

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Médaille commémorative de l'entrée du Duc d'Angoulême à Bordeaux (12 mars 1814)

Le duc d'Angoulême, fils aîné du comte d'Artois, aura plus de succès dans le sud de la France où il accompagne Wellington. Le 12 mars 1814, les troupes britanniques entrent dans Bordeaux, accueillies par le maire royaliste, Jean-Baptiste Lynch. Le même jour, le duc d'Angoulême fait son entrée dans la ville, acclamé par la foule. Ainsi, Bordeaux a été la première ville à réserver un accueil aussi favorable aux Bourbons. Cet événement aura un grand retentissement et va contribuer à convaincre les alliés que le choix du retour de l'ancienne dynastie royale s'impose.

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Louis Antoine d'Artois, Duc d'Angoulême,

fils aîné du Comte d'Artois, et futur dauphin, puis roi de droit sous le nom de Louis XIX (1836-1844)

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Charles Philippe de France, Comte d'Artois,

frère de Louis XVI et de Louis XVIII, et futur roi Charles X

(de fait : 1824-1830, de droit : 1830-1836)

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Louis XVIII, frère de Louis XVI, était roi de droit depuis la mort de son neveu Louis XVII en 1795, puis il fut roi de fait de 1814 à sa mort en 1824 (moins l'intermède des Cents Jours)

Le 31 mars 1814, le tsar de Russie et le roi de Prusse entrent à Paris. Le sénat nomme un gouvernement provisoire, dirigé par Talleyrand, qui prononce la déchéance de Napoléon. Celui-ci signe à Fontainebleau sa capitulation le 6 avril. Le sénat appelle alors à la tête du pays Louis XVIII qui se trouve à l'époque en Angleterre. Son frère le comte d'Artois fait son entrée solennelle à Paris le 12 avril. Il reçoit du sénat le titre de lieutenant général du royaume, en attendant l'arrivée du roi. Celui-ci fait son entrée à Paris le 3 mai. Il signe la paix avec l'Angleterre, l'Autriche, la Russie et la Prusse le 30 mai (premier traité de Paris) : la France retrouve à peu près ses frontières de 1792. Le 4 juin 1814, le roi octroya une charte qui définissait la nouvelle organisation du pays.

Mais la paix ne va pas durer longtemps : Napoléon, exilé sur l'île dElbe, réussit à s'échapper et débarque à Golfe-Juan le 1er mars 1815. Il parvient à lever des troupes (il rallie une partie de l'armée du roi) et arrive à Paris le 20 mars. Louis XVIII et sa famille ont été obligés de fuir à Gand. Napoléon va réussir à se maintenir au pouvoir pendant cent jours.

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Charles Ferdinand d'Artois,

Duc de Berry,

deuxième fils du Comte d'Artois

La Seconde Restauration (1815)

Napoléon est définitivement vaincu par Wellington à la bataille de Waterloo (18 juin 1815). Il abdique le 22 juin. La France va voir une grande partie de son territoire occupé par les armées coalisées pendant plus de trois ans, de juin 1815 à novembre 1818. La brièveté de la première restauration n'encourageait pas les puissances victorieuses à rétablir Louis XVIII sur le trône. On pense plutôt à mettre en place Napoléon II ou, mieux, Louis-Philippe, duc d'Orléans. Le roi Louis XVIII a un soutien, et pas le moindre : le duc de Wellington, le vainqueur de Waterloo. Fort de ce fidèle allié, et pour couper l'herbe sous le pied du duc d'Orléans, Louis XVIII fait son retour à Paris le 8 juillet 1815. Le terrain avait été préparé par Joseph Fouché, duc d'Otrante, ministre de Napoléon mais opportuniste, qui avait pris la tête du gouvernement provisoire. La paix qui mettait fin à la guerre déclenchée par le retour de Napoléon fut officialisée par le Second Traité de Paris, le 20 novembre 1815. Ce traité amputait la France de différents territoires qui ramenait les frontières du pays à celles du 1er janvier 1790.

Cette deuxième restauration dura 15 ans, elle vit le règne de deux rois : Louis XVIII, mort en 1824 (dernier roi mort en exercice), et Charles X, son frère. Elle se termina par la révolution de 1830, déclenchée par les ordonnances liberticides voulues par le ministère Polignac qui pensait pouvoir rétablir l'Ancien Régime comme s'il avait été possible d'effacer tout ce qui s'était passé depuis 1789.

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Charles Maurice de Talleyrand-Périgord, plus connu sous le nom de Talleyrand (à gauche), nommé Prince de Bénévent par Napoléon., et Joseph Fouché (à droite), nommé Duc d'Otrante par Napoléon, ont en commun d'avoir servi tous les régimes : la république, l'empire et la royauté.

Les deux hommes ont fait partie du premier gouvernement sous la seconde restauration (Talleyrand comme président du conseil, Fouché comme ministre de la police) de juillet à septembre 1815 puis ont été écartés du pouvoir.

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Arthur Wellesley, vicomte puis 1er Duc de Wellington, le vainqueur de Waterloo, sera premier ministra britannique de 1828 à 1830.

 
 
 

France : les tentatives ratées de restauration au XIXème siècle

La tentative de soulèvement de la Duchesse de Berry (1832)

La duchesse de Berry, veuve du deuxième fils de Charles X, était la mère du prince Henri, Duc de Bordeaux, qui incarnait l'espoir d'une descendance de la branche aînée des Bourbons. Le fils aîné du roi, le dauphin Louis, en effet, n'avait pas eu d'enfant. La révolution de 1830 avait conduit la famille royale sur les chemins de l'exil.

Charles X et le dauphin avaient abdiqué (bien que ce soit contraire aux Lois Fondamentales du Royaume) en faveur du jeune Duc de Bordeaux. Mais le duc d'Orléans Louis-Philippe a accepté de devenir "roi des Français". Dès lors, la duchesse de Berry voulut faire valoir les droits de son fils. Elle eut donc le projet de soulever les provinces françaises pour détrôner l'usurpateur Louis-Philippe.

Partie d'Angleterre où s'est réfugiée la famille royale, la princesse traversa la Hollande, l'Allemagne, le Tyrol et gagna l'Italie où elle séjourna quelque temps. En France, une conspiration se préparait à Marseille pour soulever la Provence. La duchesse s'embarqua à Massa le 24 avril 1832 et débarqua clandestinement près de Marseille le 28 avril, espérant que le soulèvement préparé serait un succès. Hélas, tel ne fut pas le cas.

Dès le début du règne de Louis-Philippe, le gouvernement avait voulu prévenir un soulèvement légitimiste dans les provinces de l'Ouest (celles qui s'étaient soulevées contre la république en 1793). Des perquisitions eurent lieu pour désarmer les royalistes et en arrêter quelques uns. Bien sûr, ils ne se laissèrent pas faire et des combats eurent lieu. Le moment semblait propice pour un soulèvement de ces provinces. Charles Athanase Marie de Charette de La Contrie (le neveu du grand Charette, le héros vendéen) fut envoyé par la duchesse de Berry en 1831 pour préparer le terrain. Il fut décidé de ne pas se soulever avant l'annonce des premiers succès dans le midi.

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La duchesse de Berry et son fils le duc de Bordeaux, par François Gérard

La tentative de restauration en faveur du Comte de Chambord (1873)

La situation politique à la fin du XIXème siècle

La tentative de restauration initiée par la duchesse de Berry en faveur de son fils le prince Henri avait échoué en 1832. Le règne de Louis-Philippe s'est poursuivi jusqu'en 1848 où une nouvelle révolution a éclaté. La Monarchie de Juillet a été remplacée par la Seconde République qui se transforma en Second Empire en faveur de Napoléon III, le neveu de Napoléon Ier. L'empereur vaincu à l'issue de la guerre franco-prussienne de 1870 (bataille de Sedan, 2 septembre 1870), la république est proclamée le 4 septembre et un gouvernement provisoire (gouvernement de la Défense nationale) est mis en place avec, à sa tête, le Général Trochu, gouverneur militaire de Paris. Mais le gouvernement va devoir se réfugier à Bordeaux en raison de l'avancée des troupes allemandes. La guerre prend officiellement fin par la signature d'un armistice le 26 janvier 1871 (le traité de paix définitif sera signé le 10 mai 1871 à Francfort). Les élections législatives de février 1871 portent à l'Assemblée Nationale de Bordeaux des députés en majorité monarchistes : sur 638 sièges, on compte 20 bonapartistes, 214 orléanistes et 182 légitimistes. Adolphe Thiers, ancien ministre de Louis-Philippe, est nommé chef du pouvoir exécutif ; il prendra le titre de président le 31 août. En mars, l'Assemblée Nationale se déplace à Versailles. A Paris, un mouvement révolutionnaire, la Commune, va être maté par Thiers.

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Adolphe Thiers, premier président  (1871-1873) de la Troisième République, d'abord orléaniste, il se rallie aux républicains

Quand Thiers décide de se rallier à l'idée que la république n'est plus provisoire mais qu'elle doit devenir le régime définitif de la France, la majorité monarchiste à l'assemblée cesse de le soutenir et provoque sa chute (24 mai 1873). Il est remplacé par le Maréchal Patrice de Mac Mahon, Duc de Magenta, qui ne veut assumer la fonction présidentielle qu'en attendant la restauration de la royauté.

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Louis-Philippe d'Orléans, Comte de Paris, petit-fils de Louis-Philippe, roi des Français.

A la mort du Comte de Chambord, il sera considéré comme le nouveau chef de la famille royale par les orléaniste et une partie des légitimistes

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Henri, Comte de Chambord, roi de droit (sous le nom de Henri V) depuis 1844

La fusion des royalistes, préalable nécessaire à la restauration

Les royalistes étaient, déjà à cette époque, divisés entre légitimistes, qui soutenaient le prince Henri, Comte de Chambord (Henri V, petit-fils du roi Charles X), et les orléanistes, partisans de Louis-Philippe d'Orléans, Comte de Paris (petit-fils de Louis-Philippe, roi des Français). Cette division rendait difficile un consensus pour le choix d'un roi. Or, le 5 août 1873, le comte de Paris rendit visite au comte de Chambord à Frohsdorf (résidence de la famille royale en exil, en Autriche). Il reconnut officiellement en la personne du comte de Chambord le "seul représentant du principe monarchique". Le prince espérait être reconnu comme héritier des droits dynastiques d'Henri V qui n'a pas eu d'enfants et qui était le dernier descendant mâle de Louis XV. Cette reconnaissance ne viendra pas, mais cette visite permettait d'unir les royalistes autour de la personne du comte de Chambord.

La question du drapeau

Cependant, les orléanistes et les légitimistes restaient divisés sur la forme que prendrait la royauté restaurée. Le symbole de cette différence de vue est la couleur du drapeau : le comte de Chambord refuse que le drapeau national soit le drapeau tricolore, qui est le drapeau de la révolution de 1789, de la république, de l'empire napoléonien et de la monarchie de juillet. Le drapeau des rois de France est le drapeau blanc. Accepter le drapeau tricolore, ce serait aussi accepter une monarchie constitutionnelle où le roi aurait les mains liées. Pour préparer la restauration, les députés royalistes formèrent une commission chargée d'élaborer une constitution en collaboration avec le futur roi. Le député Charles Chesnelong fut envoyé en Autriche où il rencontra le comte de Chambord à Salzbourg le 14 octobre 1873. Celui-ci approuva le projet présenté par le député. Il était prévu que la question du drapeau serait réglée une fois Henri V sur le trône.

La restauration est compromise

En vue de préparer le vote pour la restauration de la royauté, le député Charles Savary rédige un procès-verbal de l'entrevue de Chesnelong avec le comte de Chambord. Il y déforme les propos du prince à qui il fait dire qu'il saluerait avec bonheur le drapeau tricolore. La presse en déduit rapidement que le prince s'est rallié au drapeau de la révolution. Le comte de Chambord ne peut pas rester sans rien dire car il risque d'être privé de la possibilité de mener la politique qu'il souhaite. C'est pourquoi il publie un démenti sous forme d'un lettre (Lettre à Chesnelong) dans le journal légitimiste L'Union le 27 octobre 1873. Il y affirme son attachement au drapeau blanc. La commission en charge de la préparation de la restauration se rend alors compte qu'il ne sera plus possible d'obtenir une majorité favorable et abandonne ses travaux le 31 octobre. Le vote pour le rétablissement de la monarchie n'aura pas lieu.

Le comte de Chambord fait une tentative désespérée : il rentre incognito en France et demande à être reçu par le président Mac Mahon le 12 novembre, mais celui-ci refuse, arguant que sa position de chef de l'exécutif le lui interdit.

Le régime républicain se maintient

Le 20 novembre, l'Assemblée Nationale vote pour le prolongement à sept ans du mandat du président. Celui-ci espère encore une restauration, mais plus en faveur d'Henri V mais du comte de Paris. Celui-ci ayant reconnu le comte de Chambord comme chef de la famille royale, il ne peut briguer la couronne du vivant d'Henri V. La prolongement du mandat de Mac Mahon devait permettre d'attendre la mort du comte de Chambord. Mais les élections législatives d'octobre 1877 donnent la majorité aux républicains. Il en va de même pour les élections sénatoriales de janvier 1879. Le Maréchal de Mac Mahon est contraint de démissionner. La restauration monarchique n'est plus possible. La troisième république durera jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale. Seuls des régimes républicains se sont ensuite succédés (Etat Français, Quatrième République, Cinquième République).

Il ne s'est plus présenté d'occasion propice à une troisième restauration. On ne peut qu'être désolé que le comte de Chambord ait échoué si près du trône, mais le côté positif est qu'il n'a pas eu à faire de concessions et que le principe qu'il incarnait et qu'incarneront ses successeurs légitimistes (la branche espagnole de la Maison de Bourbon) reste inchangé  alors 

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Patrice de Mac Mahon, Maréchal de France, deuxième président  (1873-1879) de la Troisième République, d'abord légitimiste, il se rallie aux orléanistes après l'échec de la restauration

que les monarchies européennes (celles qui ont survécu à la Première Guerre Mondiale) ont presque toutes perdu leur intégrité au profit de régimes parlementaires ou dictatoriaux. De nos jours, en Europe, les "monarques" n'ont plus aucun pouvoir et ils n'ont même plus leur mot à dire sur le changement des lois de succession au trône. Deux souverains conservent leur pouvoir et méritent encore leur titre : le Prince de Liechtenstein et le Prince de Monaco.

Malheureusement, l'insurrection provençale fut un véritable échec. La duchesse de Berry, pourchassée par la police, prit la décision de rejoindre la Vendée où elle savait avoir plus de chances de rallier la population à sa cause.

Déguisée en paysan (pantalon, veste usée, perruque d'homme pour dissimuler sa belle chevelure blonde), elle prit le nom de "Petit Pierre". Elle établit son quartier général au château des Mesliers. Elle y convoqua les chefs vendéens. Le soulèvement de la Vendée débuta le 4 juin 1832 mais fut un cuisant échec. Les insurgés, en nombre insuffisant, bien qu'ils se fussent battus avec une grande détermination, furent vaincus par les troupes de Louis-Philippe, conduites par le général Dermoncourt.

La duchesse de Berry réussit à se sauver et se réfugia à Nantes. Dénoncée, elle fut arrêtée le 7 novembre et enfermée dans la forteresse de Blaye. Elle fut libérée en 1833 par Louis-Philippe (dont l'épouse est la tante paternelle de la princesse) et envoyée en exil à Palerme.

Le soulèvement de la Vendée a été un échec malgré la bravoure des hommes qui y ont participé et dont beaucoup sont morts au combat. Une des causes de ce désastre est que, contrairement à 1793, le gros de la population ne s'est pas insurgée car Louis-Philippe ne s'en est jamais pris à la religion comme l'avaient fait les républicains trente-neuf ans plus tôt.

pour en savoir plus sur le duc et la duchesse de Berry :

voir l'article sur les 150 ans de la mort de la duchesse de Berry

voir l'article sur le bicentenaire de l'assassinat du Duc de Berry

 
 
 

Les restaurations monarchiques dans le monde

La restauration anglaise (1660)

La première révolution (1642)

L'Angleterre a connu deux révolutions (en 1642 et en 1688), mais seule la première a débouché sur une période républicaine. La première révolution est due à une mésentente entre le roi Charles Ier (roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande) et le parlement anglais. Celui-ci mit sur pied une armée parlementaire pour s'opposer à celle du roi, ce qui entraîna une guerre civile (1642-1646 et 1648-1649) qui aboutit à la défaite de Charles Ier et la montée en puissance d'Oliver Cromwell. En janvier 1649, le roi est jugé pour haute trahison, condamné à mort et décapité le 30 janvier 1649. La chambre des Lords fut supprimée le 6 février et la royauté fut officiellement abolie le 8 février 1649.

L'Interrègne ou république anglaise (1649-1660)

Le pays, devenu, le Commonwealth d'Angleterre, est gouverné par un Conseil d'Etat qui compte, parmi ses 41 membres, lord Thomas Fairfax et Oliver Cromwell. Paradoxalement, le parlement perd petit à petit son influence et finit par être dissout par Cromwell en 1653. Celui-ci supprime le Conseil d'Etat, prend le titre le Lord Protecteur et gouverne seul le Protectorat d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. Le Protectorat ainsi établi est une république dont les lois fondamentales sont fixées dans un texte qui est considéré comme l'archétype des constitutions qui seront élaborées à partir de la fin du XVIIIème siècle (Etats-Unis, Europe). Oliver Cromwell meurt le 3 septembre 1658 et est remplacé par son fils Richard qui sera contraint de démissionner le 25 mai 1659. Le Conseil d'Etat est rétabli et durera jusqu'à la restauration.

La restauration (1660)

Après l'exécution de Charles Ier, le parlement d'Ecosse avait proclamé roi son fils Charles II, le 5 février 1649. Mais le parlement d'Angleterre n'avait pas reconnu ce nouveau souverain. Couronné roi d'Ecosse le 1er janvier 1651, Charles II entreprit d'envahir l'Angleterre. Mais il fut vaincu à la bataille de Worcester (3 septembre 1651) et dut fuir le pays. Il vécut en exil en France, aux Pays-Bas et en Hollande jusqu'à ce que les choses changent en Angleterre.

Le parlement tel qu'il était à la fin du règne de Charles Ier est rétabli en 1660 et vote sa propre dissolution afin que des élections puissent avoir lieu. Le nouveau parlement se réunit dès le 25 avril et les nouveaux députés élus appellent peu après au pouvoir Charles II. Cette restauration a été possible en partie grâce à la Déclaration de Breda (4 avril 1660), par laquelle Charles II promettait l'amnistie pour ceux qui le reconnaîtraient pour roi légitime, ainsi que la tolérance religieuse (pour les anglicans, les presbytériens et les catholiques) et l'assurance et qu'il règnerait avec l'appui du parlement. Charles II rentra dans son royaume le 25 mai 1660.

Charles Ier Stuart, Roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande de 1625 à 1649

Oliver Cromwell, Lord protecteur du Commonwealth d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande de 1653 à 1658

Charles II, Roi d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande de 1660 à 1685

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Les restaurations espagnoles (1874 et 1975)

La révolution de 1868 (la Gloriosa) et la déchéance des Bourbons

L'attitude de la reine Isabelle II, la corruption qui sévit à la Cour et toutes les guerres et les crises qu'a connues l'Espagne sous son règne conduisent à un soulèvement en 1866, réprimé dans le sang, puis à une révolution menée par le général Juan Prim, le général Francisco Serrano et l'amiral Juan Bautista Topete en 1868. La reine est contrainte de s'exiler en France. Le parlement espagnol (les Cortes) prononce la déchéance de la Maison de Bourbon et instaure une monarchie constitutionnelle. Le 25 juin 1870, Isabelle II abdique en faveur de son fils Alphonse mais les Cortes élisent finalement (16 novembre 1870) comme roi le prince Amédée de Savoie, duc d'Aoste, deuxième fils du roi d'Italie Victor-Emmanuel II.

 

La première république espagnole (1873-1874)

Amédée Ier se maintient jusqu'au 11 février 1873 où il abdique. La république est alors proclamée, pour la première fois en Espagne. La république vire à la dictature après le coup d'état du général Manuel Pavia qui donne le pouvoir au général Serrano (janvier 1874).

La restauration des Bourbons (1874)

Le général Arsenio Martinez-Campos, favorable au retour de la monarchie, s'oppose au gouvernement et, le 29 décembre 1874, par le pronunciamiento de Sagonte, proclame roi le fils d'Isabelle II : Alphonse XII. Celui-ci régna jusqu'à sa mort prématurée en 1885. Son fils Alphonse XIII, né quelques mois après la mort de son père, fut roi dès sa naissance (1886).

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Isabelle II, reine d'Espagne de 1833 à 1868

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Amédée Ier de Savoie, roi d'Espagne de 1870 à 1873 

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Le général Arsenio Martinez Campos, artisan de la restauration de  1874

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Alphonse XII, roi d'Espagne de 1874 à 1885

La seconde république espagnole (1931-1939)

La Restauration bourbonienne est dominée par une longue période démocratique (1876-1923). Mais la fin du règne d'Alphonse XIII est marquée par la dictature du général Miguel Primo de Rivera (1923-1930), la crise économique, la contestation du pouvoir et l'essor de l'idée républicaine. Le roi demande la démission de Primo de Rivera et le remplace par le général Damaso Berenguer. Mais les soulèvements et les tentatives de coups d'état se multiplient, poussant Berenguer à démissionner en février 1931. Le roi le remplace par l'amiral Juan Bautista Aznar-Cabañas. Le 12 avril, des élections municipales sont organisées (premières élections depuis la chute de Primo de Rivera). Pour Alphonse XIII, c'est un moyen de prendre la température du pays. Les ré-

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Alphonse XIII, roi d'Espagne de 1886 à 1931

-sultats sont favorables aux républicains dans les villes alors que la monarchie conserve le soutien des campagnes. Le résultat de ces élections provoque la démission d'Aznar. Le roi, quant à lui, craignant qu'une guerre civile n'éclate, et ne voulant par voir couler le sang de ses sujets, accepte la demande des républicains d'abandonner le pouvoir et part en exil, sans avoir abdiqué. Le 14 avril 1931, la république est proclamée. La seconde république espagnole dure de 1931 à 1939. Elle voit l'émergence du nationalisme qui aboutit à la guerre civile (1936-1939) qui oppose les républicains de gauche aux nationalistes de droite.

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L'état espagnol de 1939 à 1975

La guerre civile se termine par la victoire des nationalistes et l'accession au pouvoir de leur leader, le général Francisco Franco. Le nouveau régime est une dictature. C'est une république qui ne dit pas son nom, mais qui s'oriente vers la monarchie. En effet la loi de succession de 1947 désigne l'Espagne comme un royaume (sans roi) régenté par le général Franco. En 1969, Franco désigne pour lui succéder le prince Juan Carlos, un petit-fils d'Alphonse XIII, et lui donne le titre de "prince d'Espagne".

Le général Francisco Franco, chef de l'état espagnol de 1939 à 1975

 

Le retour de la monarchie en Espagne (1975)

Francisco Franco meurt le 20 novembre 1975. Deux jours plus tard, Juan Carlos est proclamé Roi d'Espagne. Cette restauration était en fait l'instauration d'une nouvelle royauté, Juan Carlos n'étant pas l'héritier légitime de l'ancienne dynastie (l'héritier était son oncle l'infant Jacques-Henri, duc de Ségovie, suivi par ses enfants et petits-enfants et par son frère le comte de Barcelone, père de Juan Carlos). Le nouveau roi a par la suite obtenu la renonciation des princes ayants plus de droits que lui à la couronne espagnole.

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Intronisation de Juan Carlos le 22 novembre 1975

La restauration cambodgienne (1993)

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Norodom Ier, roi du Cambodge de 1860 à 1904

Le royaume du Cambodge (1431-1970)

Le peuple khmer a connu son apogée au temps de l'Empire Khmer (802-1431). A partir de 1431, le dernier souverain de cet empire devient le premier roi du Cambodge, royaume vassal du Siam. A partir du XVIIIème siècle, le Cambodge est vassal, tantôt du Siam, tantôt du Viet Nam. Pour sauver son pays d'un inévitable partage entre Siam et Viet Nam, le roi Ang Duong fait appel aux Français.

Mais il faut attendre 1863 pour qu'un accord de protectorat par la France soit signé en 1863, sous le règne du roi Norodom.

Le protectorat français prend fin en 1953 : le Cambodge devient indépendant sous le règne de Norodom Sihanouk. Celui-ci abdique en 1955 au profit de son père Norodom Suramarit. Norodom Sihanouk n'abandonne pas pour autant la politique : il sera plusieurs fois premier ministre. Quand Norodom Suramarit meurt en 1960, son fils ne veut pas reprendre le titre de roi et devient le chef d'état d'un royaume sans roi. C'est dans le contexte de la guerre du Vietnam que Norodom Sihanouk est démis de ses fonctions de chef de l'état le 18 mars 1870. Le 9 octobre 1970, la monarchie est officiellement abolie et la république est proclamée.

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Norodom Sihanouk, arrière-petit-fils de Norodom Ier, fut roi du Cambodge de 1941 à 1955, puis de 1993 à 2004, plusieurs fois premier ministre et chef de l'Etat cambodgien

La succession des régimes républicains (1970-1993)

Le Cambodge va connaître plusieurs régimes et changer plusieurs fois de nom : la République khmère (1970-1975), régime pro-américain, le Kampuchéa démocratique (1975-1979), régime communiste dirigé par les Khmers rouges et au cours duquel un quart de la population va être massacrée sous le gouvernement de Pol Pot, la République populaire du Kampuchéa (1979-1989), régime communiste pro-vietnamien, et enfin l'Etat du Cambodge (1989-1993), régime "neutre, pacifique et non-aligné". Ce dernier régime a eu la charge de rétablir la démocratie en autorisant le multi-partisme et la tenue d'élections libres.

La restauration du royaume du Cambodge (1993)

Les élections législatives de mai 1993 se sont déroulées sous le contrôle de l'ONU. Elles ont abouti à la formation d'une assemblée constituante, qui commença par rendre au prince Norodom Sihanouk sa fonction de Chef de l'Etat. Le 21 septembre 1993, une nouvelle constitution est adoptée : le Cambodge devient une monarchie constitutionnelle. Le roi, qui règne mais ne gouverne pas, est choisi par un conseil du trône, parmi les princes de la dynastie royale. Le 24 septembre, le conseil du trône élit comme roi Norodom Sihanouk. Celui-ci régna jusqu'en 2004 puis abdiqua. Depuis, le nouveau roi du Cambodge est Norodom Sihamoni, fils de Norodom Sihanouk.

 
 
 
 

Comment restaurer la royauté en France ?

L'étude de ce qui précède peut nous donner des pistes pour connaître les moyens de restaurer la monarchie en France.

Les moyens de restaurer la monarchie

La restauration peut s'opérer de différentes façons :

  • par un coup d'état : c'est ainsi que fut restaurée la royauté en Espagne en 1874 ; (pronunciamiento de Sagonte)

  • par un homme qui détient le pouvoir : ce fut le cas en Espagne où le dictateur Francisco Franco désigna un prince pour lui succéder avec le titre de roi ;

  • à l'issue d'une guerre (guerre internationale, guerre civile) : c'est ainsi que, Napoléon ayant été vaincu, la restauration de la royauté avait été possible en 1814 et 1815 ;

  • par un vote d'une assemblée : c'est ainsi que la monarchie a été rétablie en Angleterre en 1660, mais aussi au Cambodge en 1993, sans oublier qu'en France en 1814, c'est le sénat qui a officialisé ce qui a été voulu par les puissances coalisées.

Les deux premières solutions ne sont pas les meilleures : la légitimité du souverain ainsi installé peut sembler peu solide. La troisième, la guerre, est une solution qu'on ne choisit pas : elle constitue juste une circonstance favorable à un changement radical de régime. La restauration de Louis XVIII en 1814 et 1815 était entachée du fait qu'on a pu dire qu'il avait été installé par des puissances étrangères.

Pour que la légitimité du roi soit incontestable, il ne suffit pas qu'il détienne la légitimité dynastique, il faut aussi que son installation soit réalisée en accord avec les Français. C'est pourquoi le vote de la restauration est la meilleure solution. Ce peut être un vote en assemblée mais le mieux serait un référendum. Un tel référendum a eu lieu en 1993 au Brésil, mais le retour à la monarchie n'a remporté que 10,2 % des suffrages.

 

Les préalables nécessaires

Mais avant de demander au peuple s'il souhaite un retour de la royauté légitime, il faut s'armer de patience car il faut au préalable :

  • informer la population sur le fait que la royauté n'est pas un régime du passé mais un régime d'avenir, sur les avantages de la royauté, etc...

  • faire connaître le prince Louis (Louis XX) et la famille royale : plutôt que se passionner pour la famille royale britannique, les Français pourraient s'intéresser à leur propre famille royale. Nombreux sont ceux qui ignorent que la dynastie capétienne existe encore.

  • que le prince soit plus médiatisé

  • modifier la constitution : en effet, la constitution actuelle ne permet d'organiser un référendum qui remette en cause la forme républicaine du pays.

Pour réussir à restaurer la royauté en France, un travail colossal reste donc à accomplir. Nous partons avec un gros handicap par rapport aux restaurations réussies que nous avons évoquées : la royauté légitime a disparu depuis trop longtemps en France (1830). Nous aurons besoin de patience, de combattivité et d'espérance. Mais avec l'aide de la Très Sainte Vierge Marie, de Saint Louis et de Sainte Jeanne d'Arc, nous y parviendrons.

Monseigneur le Prince Louis de Bourbon, Duc d'Anjou(Louis XX) bénéficiera-t-il un jour d'une restauration royale ?

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