La vérité historique

1789, la révolution bourgeoise

Le 25 mai 1763, la police des grains est supprimée et laisse place à la libre circulation des grains. Le prix du pain explose, c’est la première expérience libérale. Le 14 juillet 1789, selon la version «officielle», le peuple se soulève contre le Roy et ses privilèges. Mais que s’est-il réellement passé, pourquoi parle-t-on de révolution bourgeoise ? C’est à travers cet exposé que nous allons tenter d’expliquer une des dates les plus connues de notre monde. Nous verrons dans un premier temps comment et pourquoi nous sommes arrivés au 14 juillet 1789 puis nous nous dirigerons sur les conséquences de cette révolution économique.

En 1763, la France donne un grand signe de faiblesse. Elle perd le Canada avec le traité de Paris. Alors qu’est ce que c’est le traité de Paris ? C’est le traité qui met fin à la Guerre de Sept Ans. Il est signé le 10 février 1763 par le secrétaire d'État aux Affaires étrangères Étienne-François de Choiseul à l’hôtel d’un diplomate anglais à Paris. Il signe le traité au nom du roi Louis XV. Petite parenthèse, pour ceux qui ne connaissent pas, Choiseul c’est l’ambassadeur de France à Vienne qui a négocié le mariage du futur Louis XVI et de l’archiduchesse Marie-Antoinette. Ce qui est décidé dans le traité de Paris, c’est notamment la perte de la Nouvelle-France, constituée d'un territoire d’Amérique du Nord, dont la capitale était Québec. La France doit aussi céder certaines îles des Antilles, des territoires en Inde et en Afrique. Mais bon, en France, on se réjouit de la perte du Canada car finalement, selon Voltaire "Pourquoi être allé s’établir dans un pays couvert de neiges et de glaces huit mois de l’année, habité par des barbares, des ours et des castors."

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Etienne François de Choiseul (1719-1785), duc de Choiseul-Stainville, chef du gouvernement de Louis XV de 1758 à 1770

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Voltaire (1694-1778)

Après la défaite de la France et le traité de Paris, il écrira une lettre à Étienne de Choiseul, je cite « Permettez-moi donc, Monsieur, de vous faire mon compliment ; je suis comme le public, j’aime beaucoup mieux la paix que le Canada et je crois que la France peut être heureuse sans Québec. Vous nous donnez précisément ce dont nous avons besoin. » En gros, il est content que les Anglais aient gagné la guerre qui peut-être au final débarrasse d’un territoire qui paraît inutile, mais qui a ruiné le Royaume. C’est ça la fraternité de Voltaire et son fameux esprit d’ouverture au passage.. Dans Candide il nous livre l’ouverture d’esprit de Candide aux différentes civilisations, mais il définit les habitants d’Amérique du Nord comme des Barbares… Imaginez donc ce qu’il pense des habitants d’Afrique… C’est ahurissant...

La France doit rembourser ses dettes après la Guerre de Sept Ans. Cette même année, les Jésuites sont chassés du Royaume. Les Jésuites étaient des conseillers du Roy extrêmement intelligents et très chrétiens. Ce sont donc les Jansénistes qui les remplacent entre guillemets. Je fais une pause sur la lutte entre Jésuites et Jansénistes. 

Les Jésuites sont des compagnons de Jésus, c’est un ordre fondé en 1539 par Saint Iñigo, plus connu sous le nom de St Ignace de Loyola, et approuvé par le Pape Paul III en 1540 avec sa bulle Regimini militantis Ecclesiæ. Les jésuites vivent dans une spiritualité, tout est fait pour Jésus et sa présence est dans tout. Les Jansénistes, eux, pensent que les chrétiens ne sont pas tous élus de Dieu, la grâce du salut ne serait accordée qu'aux seuls élus dès leur naissance. Le Pape Clément XI juge le jansénisme hérétique puisque c’est exactement l’opposé de ce qu’est le catholicisme qui dit que nous sommes tous appelés à la vie éternelle, au salut de Dieu. La bulle papale date de 1713, elle est appelée Unigenitus. C’est donc en 1763 que les jésuites sont chassés du Royaume de France, notamment par l’intervention de Choiseul, grand ami des encyclopédistes et cie. Même les bâtiments qui portent le nom jésuite vont changer de nom, par exemple le collège Henri IV de Béziers qui portait le nom de "collège des jésuites'' à partir de 1599, va devoir porter un autre nom en 1762.

Pour les jansénistes, la voie est libre, les jésuites ne peuvent plus faire barrage ! Il faut savoir que les Jésuites étaient archi contre le libéralisme, bien qu’ils visassent la liberté de chacun, mais il ne faut pas confondre liberté d’autrui et liberté économique, on en reparlera plus tard, vous comprendrez. D’ailleurs, lorsque les jésuites furent chassés, Voltaire dira la voie est libre, et il avait effectivement raison. Mais regardons quelle est leur liberté. Quelle voie est libre ? Celle du libéralisme économique.

La première expérience libérale est lancée le 25 mai 1763. Officiellement, c’est Louis XV qui signe cette loi, mais c'est Choiseul qui en serait à l’origine. L’année suivante, Clément de L’Averdy prépare l’extension du 25 mai 1763 en autorisant l’exportation des grains. Quelle est la réaction du peuple? Des révoltes partout en France. Ils ont osé s’attaquer au pain du peuple. C’est absolument abominable ! Le 14 juillet...de l’année 1770, l’abbé Terray révoque l’édit d’exportation des grains, considérant qu’il favorise les marchands et non pas les consommateurs.

En 1774, Louis XVI est sacré Roy de France. Il nomme un certain Jacques Turgot, au contrôle général des finances la même année. Turgot était ami avec Voltaire, on va bien le remarquer, en plus du fait qu’il soit fils d’un ancien prévôt des marchands proche de la bourgeoisie, parisienne notamment. Il déclare que l'administration ne doit pas s'occuper du commerce, en somme, c'est un libéral convaincu. Par conséquent, il déclenche la guerre des farines en lançant la deuxième expérience libérale début mai 1775. Louis XVI se fait littéralement manipuler. Je rappelle que les jésuites ne sont plus là pour le conseiller. Le peuple a faim, le prix du pain explose, le peuple ne comprend pas. Les émeutes vont encore avoir lieu, notamment à Dijon où Turgot enverra l'armée pour calmer le peuple qui a faim.  Turgot arrive à convaincre le Roy que ceux qui sont contre le libéralisme sont trop idiots pour comprendre que c’est bien que le prix du pain augmente et que le peuple ne puisse plus se l’acheter. Oui le peuple est trop bête pour le comprendre, le peuple est complotiste contre la raison, contre la réalité des choses… selon Turgot.

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Anne Robert Jacques Turgot (1727-1781)

Lors des émeutes, Voltaire, d’ailleurs tout proche de la mort puisqu’il meurt en 1778, s’excite et dérape sur celles-ci dans sa Diatribe, à l'auteur des Éphémérides. En effet, il décrit le peuple comme un fou détruisant les moulins en criant «on veut du blé !» Toute cette folie commandée par les prêtres des villages qui disaient «saccageons tout, Dieu le veut». Maintenant, vous savez ce que c’est l’anticléricalisme. Là, Voltaire en fait preuve. Accuser les prêtres d’ordonner la destruction des moulins sous la volonté de Dieu, C’est de l'anticléricalisme… Comment peut-on dire que Dieu veut détruire les moulins et que les paysans vont les détruire… ? Je pense qu’ils avaient assez faim pour ne pas les détruire...

Turgot, c’est aussi, pour ceux qui connaissent, celui qui a supprimé les corporations de métiers qui garantissaient les salaires des travailleurs. Donc si on résume, le travailleur ne peut plus payer le pain pour sa famille et son salaire n’est pas garanti. Turgot dira que le travailleur peut se payer son pain mais pas celui de sa femme et de ses enfants, donc il faut qu’eux aussi travaillent. Le travail des enfants en France est pensé sous le ministère de Jacques Turgot. Nous verrons quelles seront les conséquences au XIXème, je pense que vous les connaissez déjà.

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Jacques Necker (1732-1804) directeur général du Trésor Royal, puis des Finances (1776-1781 et 1788-1789)

puis Premier Ministre des Finances (1789-1790)

En 1776, Louis XVI renvoie Turgot et le remplace par Jacques Necker. Grand changement au sein du gouvernement, c’est un banquier protestant qui sera aux contrôles des finances. En plus de cela, il n’est pas français, il est Genevois.

Un certain Benjamin Franklin, connu de tous, self-made man de référence, a convaincu la France d’aller aider les américains face aux anglais. La France depuis la fin de la Guerre de Sept Ans en 1763 n’a toujours pas remboursé sa dette, au contraire, elle a explosé. La France n’a donc aucun bénéfice à récolter en partant vers l’Amérique. Hélas, hélas, les troupes françaises partent vers le Nouveau Monde.

Necker a une idée de génie pour payer la guerre et trouver de l’argent pour l’État. Jacques Necker, va inaugurer une rente viagère. On parle de trente jeunes filles genevoises. Sans entrer dans les détails (étant donné que je ne suis pas expert en économie), il va créer un gouffre financier vis-à-vis du Royaume de France pour ses intérêts personnels et de ses clients. Je vous invite à aller regarder de plus près ce qu’on appelle les « trente immortelles de Genève » (voici un lien https://100elles.ch/biographies/trente-immortelles-de-geneve/ ). Je rappelle que c’est le contrôleur général des finances de Louis XVI, Roy de France et de Navarre. Il occupe ce qu’on appelle aujourd’hui le ministère de l’économie et des finances.

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Pierre Samuel Dupont de Nemours (1739-1817) 

Face à cette grosse crise sociale et économique, Dupont de Nemours se justifiera en citant Jésus «ôtez ses liens et laissez le aller». De quels liens parle-t-il ? Celui du libre échange. Je voudrais vous partager l’analyse de l’historienne Marion Sigaut qui dit je cite «Il se sert d’une allégorie du commerce personnifiée en amie de Jésus. Bonne idée, le commerce est l’ami de Jésus, et Jésus a ressuscité le commerce, bien évidemment». Faisant référence à la résurrection de Lazare par Jésus (évangile selon St Jean 11. 44). 

Il faut avoir un certain culot et irrespect pour faire le rapprochement entre la résurrection de l’ami de Jésus et le commerce. Sachant que Jésus a chassé les commerçants qui se situaient devant le temple. C’est là qu’on comprend l’importance qu’a été la chasse aux jésuites par les jansénistes qui se rapprochent du protestantisme…

Après une troisième expérience libérale, signée par Louis XVI convaincu que le peuple la demande, le peuple demande en réalité la taxation du blé. C'est-à-dire une police des grains, ce qui avait toujours été fait jusqu’en 1763. C’est ce qui avait été déjà demandé à Dijon, une limite des prix des subsistances, puisque autrement, les petites gens meurent. Le peuple gronde mais la police du Roy ne se défend pas sur le peuple qui a faim, parce que la colère est légitime. La France tombe dans l’anarchie. Il y a des révoltes partout. Les États généraux, qui à travers les députés représentent la noblesse, le clergé et le tiers-état, sont convoqués le 5 mai 1789 à cause de la dette. Le 17 juin, les députés s'auto-proclament Assemblée Nationale Constituante ; c’est le premier coup d'État français. C'est-à-dire que les députés vont décider eux-même que c’est la fin. Je suis allé voir les députés du tiers-état, ils sont pratiquement tous négociants, banquiers ou avocats. C’est-à-dire que le peuple, les paysans surtout, est représenté par des gens qui eux ne sont pas paysans. C’est extraordinaire, du jamais vu. Et le 20 juin a lieu le serment du Jeu de Paume, le serment d’engagement solennel d’union entre les députés du tiers-état. Le 11 juillet au Palais-Royal, résidence de Louis-Philippe Égalité duc d’Orléans et accessoirement Grand Maître du Grand Orient de France, on prépare l’insurrection. Louis-Sébastien Mercier, auteur des Lumières, écrit dans le nouveau Paris je cite « nous sommes les plus nombreux et nous serons les plus forts : armons-nous ; que tous nos citoyens s’arment » Tout est prêt, la fin de la Monarchie est là, ils vont pouvoir instaurer le libéralisme économique, d’ailleurs, ça sera une des premières mesures de l’assemblée constituante. Le 14 juillet 1789, les parisiens qui ont faim, qui sont au chômage, en colère, participent à la prise de la Bastille, qui en réalité n’a jamais été une bataille. Seulement sept prisonniers embastillés, mais la poudre à canon est présente. Voilà comment nous sommes arrivés à la révolution dite française, par et pour les bourgeois.

Mis en ligne le 12/06/2021

La Guerre d’Indépendance se termine en 1783 par le traité de Versailles le 3 septembre.

On dit que la France aurait fini par rembourser la guerre en 1885, 102 ans après cette guerre dont la France n’a pas tiré de bénéfice (vous pourriez citer l’aide américaine lors de la 2nde Guerre Mondiale, mais ça serait de la mauvaise foi).

En 1786, trois ans avant le grand changement, Pierre Samuel Dupont de Nemours, un économiste et entrepreneur, est chargé d’un traité de libre échange appelé Traité Eden-Rayneval. Ce traité, imaginé lors du traité de Versailles en 1783, est finalement signé trois ans après, le 26 septembre. Ce traité permet la libre circulation des produits anglais sur le sol français. Les marchandises sont moins chères, car en Angleterre, on fait travailler les enfants... Donc, quel est le problème ? Bien vu, plusieurs milliers voir millions de français sont au chômage. On a remplacé les travailleurs français par des enfants anglais, ce qui enrichit l’Angleterre, ennemie de la France, bien qu’un traité de paix ait été signé. C’est une catastrophe nationale !